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RAYOS DE SOL

Foto del escritor: デイジー
デイジー
7 may
2 min de lectura

Le Jardin de George Sand à Nohant 

Delacroix


Vous me demandez où je suis. Toujours à la campagne, faisant de l’histoire naturelle et mille riens intimes avec mon fils qui a fait, l’été dernier, un grand voyage. Je cultive pour mon compte, mon petit jardin littéraire comme dit Dumas, et l’expression me plait beaucoup, à moi qui suis éprise de botanique. Mes romans sont des pages d’herbier et s’ils vous plaisent, j’en suis heureuse et fière, mais non enivrée jusqu’à me faire illusion sur l’utilité de ce qu’on est libre de publier en ce temps-ci en France. Ma tendance à la flânerie intellectuelle est une grâce d’état peut-être, puisqu’elle m’endort sur le peu que je suis. Mais pour que je me sente vivre un peu mieux, il faut que les autres fassent de grandes choses, et j’attends avec impatience un nouveau rayon de vous. A ce petit jardin, il faut de grands éclats de soleil, et ce n’est pas moi qui peut lui en donner. Travaillez donc, publiez donc, et surtout vivez longtemps en vivant beaucoup à la fois, comme ces grandes forces de la nature qui se renouvellent toujours par l’émission de leur puissance. Merci pour votre bonne lettre. Rappelez-moi à Madame Hugo, dites à votre fils que son Shakespeare me satisfait et me charme – et vous, Monsieur, croyez bien à mon dévouement aussi grand que mon admiration .

George Sand. Nohant 22 février 1862


Sand répond ici à une lettre de Hugo du 18 février : « Où êtes-vous ? où cette lettre vous trouvera-t-elle ? Est-ce à Nohant ? est-ce à Paris ? Pensez-vous quelquefois à un ami lointain que vous n’avez jamais vu et qui vous est sérieusement et profondément acquis ?…


Quelques jours après cette lettre, Hugo publiera son chef-d'œuvre, Les Misérables.



 « Dernière soirée à Nohant : Nous nous en souviendrons tous je crois. Il n’y a donc rien à écrire sur cette dernière veillée, mais je pense malgré moi que pendant les 14 ans que j’ai passés ici, j’ai plus ri, plus pleuré, plus vécu que pendant les 33 ans qui les ont précédés. Me voilà désormais seul avec elle, quelle responsabilité, aussi quel honneur et quelle joie ! »


Alexandre Manceau


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