RYMES
- デイジー

- 23 may 2020
- 2 Min. de lectura
de Gentile et Vertueuse Dame
D.PERNETTE DU GUILLET
née à Lyon en 1520
et mourut à 25 ans, emportée par une épidémie de PESTE en 1545

Sans connaissance aucune en mon PRINTEMPS j'étais;
Alors aucun soupir encor point ne jetais,
Libre sans liberté : car rien ne regrettais
En ma vague pensée
De mols et vains désirs follement dispensée.
Mais Amour, tout jaloux du commun bien des Dieux,
Se voulant rendre à moi, comme à maints, odieux,
Me vint escarmoucher par faux alarmes d'yeux,
Mais je vis sa fallace :
Pourquoi me retirai, et lui quittai la place.
je vous laisse penser, s'il fut alors fâché :
Car depuis en maints lieux il s'est toujours caché,
Et, quand à découvert m'a vue, m'a lâché
Maints traits à la volée :
Mais onc ne m'en sentis autrement affolée.
À la fin, connaissant qu'il n'avait la puissance
De me contraindre en rien lui faire obéissance,
Tâcha le plus qu'il peut d'avoir la connaissance
Des Archers de Vertu,
Par qui mon coeur forcé fut soudain abattu.
Mais elle ne permit qu'on me fît autre outrage,
Fors seulement blesser chastement mon courage,
Dont Amour écumait et d'envie, et de rage :
Ô bien heureuse envie,
Qui pour un si haut bien m'a hors de moi ravie !
Ne pleure plus, Amour : car à toi suis tenue,
Vu que par ton moyen Vertu chassa la nue,
Qui me garda longtemps de me connaître nue,
Et frustrée du bien,
Lequel, en le goûtant, j'aime, Dieu sait combien !
Ainsi toute aveuglée en tes liens je vins,
Et tu me mis ès mains, où heureuse devins,
D'un qui est hautement en ses écrits divins,
Comme de nom, sévère,
Et chaste tellement que chacun l'en révère.
Si mainte Dame veut son amitié avoir,
Voulant participer de son heureux savoir,
Et que par tout il tâche acquitter son devoir,
Ses vertus j'en accuse
Plus puissantes que lui, et tant que je l'excuse.
Puisque de nom et de fait trop sévère
En mon endroit te puis apercevoir ;
Ne t’ébahis, si point ne persévère
À faire tant par art et par savoir
Que tu lairras d’aller les autres voir :
Non que de toi je me voulusse plaindre,
Comme voulant ta liberté contraindre.
Mais avis m’est que ton saint entretien
Ne peut si bien en ces autres empreindre
Tes mots dorés — comme au cœur qui est tien.

(Chanson VI)
L'Amor i la Magestat
Joan Brudieu
Limoges 1520 - Seo de Urgel 1591



Comentarios